À propos de l’amour

Dans la vie, nous sommes confrontés à toutes sortes de défis. Certains sont faciles à relever tandis que d’autres nous résistent. La dureté et la durée de ces derniers ne sont pas anodines. Une épreuve peut être vue comme un appel à la réflexion, à l’avancement et probablement à la transcendance. Cette invitation peut rapidement se transformer en sommation si on ne se hâte de l’accepter. On finit alors par y répondre bon gré mal gré.

Depuis quelque temps, je chemine avec une maladie chronique à caractère dégénératif. Elle m’a dépouillée de force physique, me gratifiant au passage de douleurs dont elle garde jalousement le secret de production. La violence de son installation n’a eu d’égal que le chamboulement de ma vie. Cependant, une fois passé le défilé de la colère, l’indignation, la frustration et autres émotions accompagnant n’importe quelle épreuve, j’ai décidé de remettre de l’ordre dans ma vie. Ce nouvel ordre est très vite apparu comme un projet ambitieux réalisable uniquement avec de bien particulières ressources : l’Amour et la Joie. Elles font partie des rares choses que dame maladie n’a pu me ravir. Je m’en réjouis grandement !

L’amour de soi nous souffle qu’on en vaut la peine et qu’on mérite ce qu’il y a de mieux. Il nous insuffle la rage de vivre, mais encore de bien vivre malgré les défis qui se présentent à nous. Il faut s’aimer pour vouloir continuer à vivre et refuser de mourir aussi vite. Cet amour capital peut toutefois être insuffisant dans notre désir de vie. On expérimente très vite la différence entre la volonté et la capacité. L’amour de soi, quoique condition sine qua non n’est alors pas suffisant pour faire le trait d’union entre ces deux sentiments. Il faut un autre amour pour le compléter, sans quoi il peut rapidement s’étioler et être vain ; c’est l’amour des autres.

Notre vie est un peu comme notre maison de rêve. Nous sommes les seuls à la rêver. L’amour de soi régit la conception qu’on a de notre vie pour ensuite la réaliser. Le design entier nous revient. Pour ensuite passer à la réalisation de ce beau projet ambitieux, l’aide des autres est indispensable. Pour que leur contribution soit efficace et ne nuise pas au projet, elle doit se faire par amour. C’est cet amour qui nous permet de monter les murs, brique après brique et de donner forme à notre maison. Plus il y aura d’amour, plus solide sera la maison.

Mais l’amour de soi ne doit toutefois pas démissionner en face de l’amour des autres. L’amour de soi nous permet d’ailleurs de mieux apprécier celui des autres. Il faut continuer à s’aimer même quand c’est autrui qui porte toutes les briques. Le design reste notre propriété intellectuelle. En aucun cas, il ne faut s’en départir. Il faut plutôt vérifier que les travaux de construction correspondent au design élaboré. Ainsi, on s’assure au maximum de la réalisation du projet avec brio. Cependant, il subsiste une dimension qui nous échappe, celle qui régit les impondérables et imprévus. Des circonstances totalement hors de notre contrôle peuvent tenter de ralentir le projet ou carrément vouloir le faire échouer. Une averse soudaine peut ruiner une étape ou faire reporter une phase critique. Un retard de livraison de matériel peut avoir des conséquences désastreuses sur l’échéancier du projet. La découverte d’une condition de terrain contraire aux prévisions peut considérablement augmenter le coût des travaux, etc.

Encore là, seul l’amour est capable de pallier à de pareilles situations et d’apporter des solutions apaisantes. C’est lui qui empêche la pluie de tomber et de rendre vains les efforts de construction. Il gère les intempéries ou autres évènements qui échappent à notre contrôle. Cependant, il arrive parfois qu’il laisse ces circonstances douteuses perturber notre travail. Parfois, il faut revoir le design. Nous nous lamentons alors et maudissons le sort. Mais souvent, avec le temps, nous finissons par comprendre le bien-fondé de la situation. Cet amour qui vole à notre secours, certains l’appellent la vie, la providence, l’univers, etc.

Et vous, comment le nommez-vous? Moi, je l’appelle Dieu même si je l’affuble de plusieurs petits noms drôles mais révélateurs de l’image sans cesse grandissante que j’ai de lui : le big boss, mon gestionnaire de projet préféré ou encore mon homme à tout faire.

Pour avancer dans mon projet, je me revêts donc de l’amour de soi, l’amour des autres et l’amour de Dieu.

 

AJS